Les ARTS au Pré 2017. L’expo du printemps !

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Comme au printemps précédent, la grange-exposition et le parc du Pré-Boulay, à Fleury-la-Forêt, accueillaient, les 16, 17 et 18 juin 2017, peintres, graveurs,  sculpteurs. Connu pour ses créations céramiques, Alain Lootvoet exposait ici des compositions de vieux métaux, conjuguant des formes premières, rectangles, boules, ovales évidés, flèches. Travaillées dans une matière patinée par l’usure, ces sculptures figent leur force archaïque en un rythme géométrique : genèse de la création, physique et symbolique. Les œuvres de Catherine Sibille faisaient pendant à celles-là, à l’autre extrémité de la salle, selon la judicieuse mise en scène de la plasticienne Cléo Cheuret, qu’on a déjà eu l’occasion d’apprécier comme commissaire d’exposition. Sibille, associant des éléments résiduels tels que bois, ficelle, plastique, tissu, bobine, en érige des amulettes qui nous révèlent dans la scorie la régénérescence du monde.

Elles s’affichaient au-devant des sérigraphies de l’Amsterdamois d’origine algéroise Bendir, qui présentait six œuvres aux tons éclatants. Le figuratisme de Bendir, superposant des réalités inconciliables, libère une poésie des temps perdus, où les façades de sa bonne ville d’Amsterdam, plongées dan la virulence des couleurs, se font kilim afghan, tapis volant. Les œuvres lumineuses sur papier, signées de Dominique Devaux, venaient jouer, elles, des mouvements de l’abstraction, quand, un peu plus loin, ses gravures monochromes, au trait arachnéen, décelaient dans l’arrière-train apaisant d’une vache l’essence de l’art graphique. Devaux, dans chacun de ses modes d’expression, touche à un équilibre qui résonne comme un projet joyeux dans l’esprit du spectateur.

Accrochés, pour certains, dans les colombages ajourés qui ont été conservés dans la salle, les formats carrés de René Gallais nous reportaient à l’innocence des limbes, hors le temps. Son sfumato en gris et blanc saisit l’instant d’une gestation, qu’il titre Nuages. Sur des colombages ouverts, aussi, et nous proposant une autre naissance, celle du quotidien, les papiers parcheminés de la Manchoise Michèle Husson laissaient sourdre des compositions étrangement familières, comme une rêverie de thé dans le jardin de Jane Austen. En écho, l’imaginaire du Niçois Max Odello nous ouvrait, ombrés de clartés troubles, huit passages oniriques entre les portes monumentales d’une Gênes idéale.

Présente avec quinze toiles de petits formats, Nathalie Briet déborde l’énergie de la couleur par la dynamique du trait, pour dire la déraison, l’insaisissable, l’élan. Des figures anguleuses s’étreignent, à la Zadkine, ou des textes gouachés font bruit de fond, à la Hugo dessinateur, mêlant graphes et lavis. Les pans de couleur décalent toute interprétation. Le monde est éclat, dans tous les sens du mot.

L’exposition tout entière se tenait, au fil de ces trois journées, sous l’œil bienveillant des sages de Chantal Prévost, qui surplombaient la perspective de la salle. Ces visages hiératiques et perdus, ces corps frustes et d’une dignité de vitrail sont les nôtres, élégants, maladroits, risibles, toujours charmants. Nous voyons en eux la comédie que nous jouons, le sérieux que nous y mettons, le sourire indulgent que nous méritons. Ce sont, dans la salle, des toiles peintes. Dehors, dans le parc, ce sont, de la même artiste, de longues silhouettes aux visages de papier mâché, balançant au vent leurs robes précieuses. Elles voisinent là, dans les bosquets, avec les pantins bleus de René Gallais, âmes légères qu’un bambou retient. Avec eux, surgis de la voûte du sophora pleureur, les totems érigés de Cléo Cheuret, ici céramiste, murmurent, en langue de cercles, de spirales, de niches et d’enlacements, que « La nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles. L’homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l’observent avec des regards familiers ».

En fin d’après-midi, ce samedi 17 juin 2017, apéros bus à la guinguette dans le bois, d’autres harmonies, chargées d’appels et d’images, se font entendre, sur la pelouse au Hêtre. C’est la voix chaude et sonnante de Sylvia Morini, la chanteuse de Battan l’otto, et ses mélodies généreuses en italien et en anglais (voir Battan l’otto, au Pré-Boulay sur Youtube). Le duo – Sylvia Morini et Olivier Latron – avait, pour fêter ses dix ans d’existence, invité au Pré-Boulay, Marc Heullant, fin joueur de tabla, le chanteur Arnold Rapido, venu présenter son dernier album, Aux ordres des sentiments, et Adil Botan, qui accompagne au saz, ce luth à long manche, ses envoûtantes mélopées des monts kurdes.  

Joseph Thermac

 

 

Nous nous excusons de notre publication tardive.

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