THÉÂTRE DU PRÉ-BOULAY

This entry is part 6 of 6 in the series Les Arts au Pré

Simon Falguières et Ben Herbert Larue

 

Une héroïne amnésique, la princesse Europe. Un héros angélique, Gabriel. Un enjeu : l’invention du Mythe, le matin du Théâtre, l’éveil de l’Humanité. Un homme, seul sur scène, conjugue dans un même geste, dans une même geste, l’éclosion du monde comme théâtre et sa propre éclosion au monde et au théâtre. Enthousiasme, humour et dérision en construisent, par force, la toile de fond. Ce samedi 6 avril 2019, 16 heures, Simon Falguières joue sur la scène du Pré-Boulay, à Fleury-la-Forêt, le cinquième épisode de son épopée le Nid de cendres. La pièce, dans son intégralité, se joue à dix-huit comédiens et dure douze heures. Elle a été donnée ainsi, dernièrement, à Tourcoing et à Villeneuve d’Ascq. Dans le cadre de Territoire de paroles – belle initiative de la communauté de communes de Lyons-Andelle –, les spectateurs du Pré-Boulay ont eu droit, quant à eux, à un extrait d’une heure, que Simon Falguières leur proposait comme petite forme. Le passage est centré sur les tours et détours de l’auteur de théâtre pour se faire connaître et reconnaître des puissants : les producteurs et directeurs théâtraux. L’affaire prend toute son ampleur, d’émotion et de drôlerie, lorsqu’on comprend que notre comédien-auteur-metteur en scène-directeur de troupe est, « à la ville », le fils de Jacques Falguières, qui fut le directeur du théâtre national d’Évreux pendant trente années. Compliquant les jeux de miroir, Simon, va alors entamer un dialogue avec Jacques Falguières en personne, qui se trouve assis parmi le public du Pré-Boulay, pour le faire, en suivant, monter sur scène et lui donner un rôle – de directeur de conscience – dans la pièce.

En seconde partie, à 18 heures, Ben Herbert Larue et Julie Piednoir, délaissent la scène pour s’installer du côté de la cheminée de la salle, où sont projetées, sur la partie haute du manteau, les illustrations que Julie a réalisées pour le recueil de poèmes de Ben, Se battre des ailes. (C’est aussi le titre d’une des chansons du récent cédé de Larue, Aux lendemains.) À tour de rôle, Julie et Ben vont dire ces textes ou les chanter, sur les mélodies longues et caressantes de l’accordéon de Ben. Poésie des désirs et des jours, tressant ensemble idées et images, beautés d’enfance et de vieillesse. Syntaxe chahutée, diction au souffle, aux silences et aux ruptures étranges, dans les accents nordiques de la voix rocailleuse de Ben. « Perdre du temps dans le matin / Laisser les oiseaux dire / Les ombres grandir l’arbre / Respirer. »

Les spectacles, au théâtre du Pré-Boulay, ont toujours pour point d’orgue un long temps de brouhaha de conversations et de rires, où, dans la salle aux baies ouvertes sur le parc, se retrouvent artistes et spectateurs, autour de quelques verres et assiettes apéritives. On ne quitte les lieux que rassasié d’art et de convivialité.

Joseph Thermac

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